1941 Souvenirs de Syrie. La marraine du 6e Régiment Etranger

L’arrivée à Pau du Régiment Etranger après la campagne de Syrie R. H. 25.047

Following article about the “The Godmother of the 6th Foreign Regiment” was written by:
Rev. Father Marie-Bernard, Capuchin, Chaplain in Syria”.
It appeared in a magazine devoted to the French Foreign Legion called Vert & Rouge during the Second World War.

English summary

After the 1941 Syria-Lebanon campaign, the 6th Foreign Infantry Regiment (6e Régiment Étranger d’Infanterie, 6e REI) of the French Foreign Legion, weary from battle, found temporary rest in Andourah, Lebanon. Hosted in a religious college by the decorated Father Sarloutte, the regiment recovered through music, excursions, and spiritual reflection.
One of the most symbolic moments came during a pilgrimage to El-Harissa, home to the statue of the Virgin Mary, known as the “Virgin of Lebanon.” There, a spiritual bond was formed between the Legionnaires and the Virgin, seen as a celestial protector whose journey mirrored their own hardships. This “godmotherhood” was to be honored in Lourdes, France.

“El-Harissa, home to the statue of the Virgin Mary, known as the “Virgin of Lebanon.”

On August 15, the regiment embarked aboard the “Explorateur-Grandidier”, departing Beirut to the sound of bells and military hymns.
Upon arrival in France, they were greeted with triumph and celebration, especially in Toulouse and Pau, where crowds cheered the returning heroes of Syria.
The emotional climax came on September 20 in Lourdes, where a solemn mass was held at the Grotto. Soldiers from across the French colonial forces — Legionairs, Spahis, Tirailleurs, Marines — gathered to pay tribute to their fallen comrades and to seal their spiritual bond with the Virgin. The ceremony was a moment of unity, remembrance, and gratitude, marking the transition from war to peace and from suffering to honor.

Context

At first glance, the content of this article might seem paradoxical: the French Foreign Legion known for its rough, cosmopolitan mix of men—many with troubled pasts, drawn from dozens of nationalities, often escaping something. Not exactly the stereotypical image of devout pilgrims. But in the context of the early 20th century, especially around World War II, spiritual and religious language was surprisingly common even in military units including the French Foreign Legion.

Why spiritual texts were “normal” for the Legion in 1941

  1. Catholic France and Military Tradition

France was still deeply Catholic in the 1940s, and religious symbolism permeated public life, including the military. Chaplains were embedded in units, and religious ceremonies were part of military rituals—especially after battles or during commemorations.

  1. The Legion’s Cult of Honor and Sacrifice

The Legion cultivated a strong internal mythology: honor, fidelity, suffering, and redemption. These themes naturally aligned with Christian imagery.
The Virgin Mary, especially in her warrior like depictions (e.g., “terrible as an army in battle array” from Song of Songs), fit well with the Legion’s ethos.

  1. The Role of Military Chaplains

The text was written by a Capuchin friar, Father Marie-Bernard, who served as a chaplain. These men often framed military experience in spiritual terms, offering meaning and comfort to soldiers.
Chaplains were not just religious figures—they were morale builders, counselors, and often deeply respected by the troops.

  1. The Legion’s Need for Redemption

Many Legionnaires came from broken pasts. The Legion offered a second chance, and religion—especially Catholicism—offered a narrative of forgiveness and transformation.
Pilgrimages like the one to Lourdes symbolized this redemption: from bloodshed in Syria to spiritual renewal in France.

  1. Wartime Sentiment and Mourning

After brutal campaigns, soldiers often turned to spiritual language to process trauma and honor the dead. The Virgin Mary became a maternal figure of solace. The ceremony at Lourdes wasn’t just religious—it was a national and emotional catharsis.

Within the context of 1940s France, and especially in the aftermath of a morally complex campaign like Syria-Lebanon, the Legion’s notorious reputation didn’t preclude spiritual depth; in fact, it may have made it more poignant. It is in this context that the article is typical for its time.

Elle est terrible, comme une armée rangée en bataille. (Cant. 6, 9)

L’armistice signé, l’ordre fut aussitôt donné de cesser le feu. Finis désormais les chocs meurtriers, les hécatombes sanglantes et les visions infernales de Merdjayoum, Djezzin, Kissoué, Damas, Palmyre, Saïda et Damour.
Alors seulement, le 6me R. E. songea à prendre les quartiers de repos dans la région d’Andourah. Dans les vastes locaux d’un collège religieux, mis à notre disposition par le Père Sarloutte, un « dur », celui-là, !a poitrine toute constellée de décorations, les troupes se récréèrent.
Le colonel Barre et ses chefs de bataillons, soucieux avant tout du moral de leurs légionnaires, organisèrent des concerts et des excursions. Successivement et par groupes, les troupes visitèrent Afka, Bahnès, Gazhir.
Elles excursionnèrent jusqu’à la cime d’El-Harissa, la vierge du Liban. Et c’est là, qu’une religieuse alliance se scella, entre la Madone et le 6me R. E. : véritable marrainage qui devait avoir son épilogue au terme du voyage. N’étaient-ils d’ailleurs pas faits pour se comprendre, les légionnaires et la reine des sables ? — La vierge de Galilée n’avait-elle pas traversé, elle aussi à pied, par delà les escarpements du Schoupt, les collines arides de Judée ? Infatigable nomade, en un soir de poignante alerte, n’avait-elle pas franchi les pistes interminables du désert de Palestine jusqu’à Madarieh d’Égypte ?
Enfin, vierge casquée, et surnommée par l’Ecriture forte comme une armée rangée en bataille, ne portait-elle pas sur son blason d’azur la fière devise « Honneur et Fidélité », tissée en lettres d’or sur le Drapeau de la Légion ? Mieux que toute autre sa place était marquée dans cette Légion qui est « l’aristocratie du courage ». Aussi l’adoption scellée sur les crètes du Liban entre les Légionnaires et leur nouvelle marraine n’allait-elle pas tarder à se traduire par ce voeu : lui rendre hommage, en terre de France, dans son sanctuaire de Lourdes.
Sous le signe de la fête de l’Assomption, l’embarquement à bord de l’Explorateur-Grandidier, fut fixé au 15 août. Ce jour-là, tandis que les cloches de Beyrouth, comme celles de la plaine et de la montagne carillonnaient, au son du « Boudin » et de la « Marseillaise », le paquebot gagna le large. Sur le pont, rangés autour du colonel, et dans la position du « garde à vous », les Légionnaires suivaient du regard la statue d’El-Harissa, qui s’estompait dans un loin-tain bleuâtre. En abordant la cité phocéenne, ce fut encore, dans une éclaircie, N. D. de la Garde qui nous accueillit. Sous sa protection nous entrions au port sains et saufs, mais nous n’étions pas au bout de nos surprises… Que de fois, au cours de la traversée, j’avais surpris sur bien des lèvres, ce voeu timidement émis : « Si nous arrivons sans difficultés en France, j’irai à Lourdes, remercier la Sainte Vierge ».
Jamais voeu, si sincèrement prononcé, ne fut aussi rapidement exauçé ! L’opération qu’entraîne la descente d’un régiment à terre, et de son matériel, fut rapidement menée, et la réception faite à nos incomparables soldats, triomphale. Puis aussitôt après, la rame des wagons qui devait nous enlever s’ali-gnait sur les rails pour nous emmener dans les Pyrénées… près de Lourdes ! Le train démarrait au son du Boudin, de la Marseillaise et des sonneries préférées de la Légion. A toute allure, il traversait la plaine, semée d’oliviers et de pampres jaunissants, gagnait la montagne, s’engouffrait dans le trou béant du tunnel de la Nerthe, débouchait sur les riants coteaux du Gard et de l’Hérault. Partout l’odeur capiteuse des treilles mûries annonçait les vendanges prochaines. L’odeur prenait aux narines, les Légionnaires chantonnant le couplet : « Y a de la goutte à boire là-haut… y a de la goutte à boire ! ! » L’étape ne parut pas longue. Sans coup férir, on vit soudain le train ralentir sa marche, dérouler sous nos yeux le panorama d’une cité ancienne avec places, maisons, casernes, palaces, boulevards, églises. C’était Toulouse, la tumultueuse Toulouse, toute trépidante comme en un jour de gala. Déjà les quais de la gare étaient noirs de inonde. Une foule impatiente stationnait sur les trottoirs, ovationnant sans arrêt les héros de Syrie. Les vivats fusaient. Les sonneries militaires retentissaient.
C’était un délire. Des jeunes filles souriantes venaient animer ce décor, jetant des fleurs, offrant des cigarettes, des fruits et versant à pleins bords le jus de la treille, dans les s quarts » complètement à sec de nos intrépides « baroudeurs ». Pau fut la dernière halte, le but final de cette randonnée. Pau ! la ville seigneuriale d’autrefois, la perle de la Bigorre nous attendait. Sur les quais de la gare, toutes les notabilités de la ville, civiles et militaires étaient présentes. Pau ! la cité d’Henri IV, avait revêtu pour la circonstance sa parure de fête. Elle était toute pavoisée, débordante de sourires et de fleurs. C’était une reviviscence du passé. Alors, après les épisodes sanglants de la guerre d’Espagne contre les Carlistes, en 1837, après les corps à corps meurtriers dans la Sierra, les Légionnaires du Etranger étaient venus se retremper dans la cité pyrénéenne.
Aujourd’hui, c’était le tour des Légionnaires du 6me « Nihil novi sub sole ». Les présentations officielles achevées, les libations closes, ce fut le défilé des troupes qui commença. En tête, la clique et la musique ; derrière, l’aumônier, vêtu de bure ; puis les bataillons, scandant le pas et martelant le sol. Le colonel Barre et son état-major suivaient du regard avec fierté le régiment qui défilait, hier encore, à la peine ;” aujourd’hui, à l’honneur. L’émotion croissante de la foule était indescriptible. Massée sur les rebord de la chaussée, elle s’alignait le long des trottoirs, ici et là en grappes humaines,
elle s’accrochait aux arbres, aux terras-ses, s’amoncelait dans les jardins publics et les squares. Partout crépitaient les applaudissements. Jusqu’au camp d’Idron, le défilé se prolongea pendant trois heures en une étape étourdissante de 8 kilomètres, sous les bravos de la multitude.
Le rassemblement général autour de la nouvelle marraine de la Légion eut lieu le 20 septembre. L’honneur en re-vient au colonel Roman et surtout à Son Excellence Mgr. Choquet, évêque de Tarbes et de Lourdes, dans le diocèse duquel s’étaient concentrés les réfugiés du Levant. Personne ne manqua à l’appel. On voyait-là fusionnant ensemble : spahis, légionnaires, artilleurs, fusiliers marins et même des tirailleurs, algériens, sénégalais, marocains de passage. Toute la France de Syrie semblait, en raccourci, s’être donné rendez-vous, dans ce sanctuaire, à cette heure. La Grotte rougeoyait de mille feux, symbole de l’embrasement des âmes et du merci reconnaissant des coeurs.
Le colonel Roman, suivi des officiers supérieurs, prit place. Face à eux, le piquet d’honneur. De nombreuses délégations d’officiers et de sous-officiers étaient-là. Sur les barres du parvis, graves, recueil-lis, les militaires de tous grades et leurs familles. La messe commença, célébrée par l’aumônier du 6me R. E. , auquel tous s’unirent dans une ferveur commune. C’était comme le rappel du pèlerinage initial, organisé hier aux pieds de la Vierge du Liban, sur les crêtes d’El-Harissa, point de départ de cette adoption, couronnée aujourd’hui si dignement aux pieds des Pyrénées, dans la Grotte de Lourdes. A l’Evangile furent évoqués le souvenir des tragiques heures passées en Orient et la mémoire des camarades tombés là bas. A l’Elévation, les honneurs furent rendus à l’Hostie dont la blancheur se perdait dans le rayonnement de la grotte. Les fêtes passent, mais la grâce en demeure. Chaque légionnaire du 6me R. E. gardera le souvenir de ces heures inoubliables, et au soir des luttes futures, songeant à la marraine céleste, il se rappellera que l’ayant connue sur le sol de Syrie, à la peine, il l’a exaltée, dans l’honneur. à Lourdes. Ceci fait désor-mais partie de son histoire.

R. P. MARIE-BERNARD, Capucin, Aumônier de Syrie.
Légionnaire d’honneur de 1e classe.

Cérémonie des Morts de la Légion Etrangère — La Grotte illuminée

Devant la Basilique, après la cérémonie R. H. 25.048

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