1943 L’Écho d’Oran

Op 15 mei 1943 verscheen er in de Franse krant L’Écho d’Oran het volgende artikel.
Het betreft de teruggave van het door de Duitse troepen buitgemaakte vaandel van de 3e Régiment Etranger.

Generaal Henri Giraud bezocht 13 mei 1943 het voormalige front tussen Pont-du-Fahs en Zaghouan, waar hij getuige was van de totale nederlaag van de Duits-Italiaanse troepen in Tunesië. Hij passeerde een groot kamp met 10.000 tot 15.000 krijgsgevangenen en ging direct naar het hoofdkwartier van generaal Kœltz voor een briefing over de laatste militaire operaties.
In een indrukwekkende ceremonie overhandigde Giraud het vaandel van het RMLE uit de Eerste Wereldoorlog aan het 3e Vreemdelingenregiment, dat zwaar had geleden in de gevechten. De ceremonie vond plaats in buurt van Zaghouan, waar kort daarvoor Duitse en Italiaanse troepen zich hadden overgegeven. Een gewonde Spaanse legionair vroeg ontroerd om het vaandel te mogen kussen.
Giraud decoreerde twee Franse burgers die het buitgemaakte vaandel hadden teruggevonden. Tijdens de parade van het regiment toonde Giraud diepe emotie en sprak de kolonel toe: “Dit is slechts een proloog. Frankrijk wacht.”Op een kruispunt aan het front inspecteerde Giraud twee tankeenheden — één Frans en één Amerikaans — die de laatste gevechten hadden geleverd. Hij eerde aspirant Lévy, die vier vijandelijke tanks en drie antitankkanonnen had vernietigd, door hem tot officier te benoemen. Generaal Kœltz was zichtbaar ontroerd.
De correspondent sloot het artikels als volgt af: “Terwijl de zon onderging en de verslagen vijandelijke troepen langstrokken, werd duidelijk: de oorlog in Afrika is voorbij.

Duitse krijgsgevangenen

SUR LE CHAMP DE BATAILLE
LE GENERAL GIRAUD
remet son drapeau au 3e Régiment Etranger
ENTRE PONT-DU-FAHS
et ZAGHOUAN.

L’Écho d’Oran 15-05-1943

TUNIS, 14 mai (retardé en transmission) D’un correspondant particulier de France-Afrique :
— Le général Giraud a visité hier jeudi 13 mai ce qui était encore hier le front entre Pont-du-Fahs et Zaghouan. Le commandant en chef est passé sans s’arrêter devant un immense camp de prisonniers allemands et italiens, pas encore dénombrés et représentant 10 à 15.000 hommes. Il s’est rendu directement au poste de commandement du général Kœltz pour se faire exposer en détail les dernières opérations, dernières vraiment puisqu’elles consacrent la défaite totale des forces italo-allemandes en Tunisie.
Le général Giraud a accompli ensuite un geste qui restera gravé dans la mémoire de tous ceux qui en ont été les témoins émerveillés : la remise au 3° Régiment étranger de son drapeau, le drapeau du premier régiment de marche de la guerre 1914-1918. Cette cérémonie grandiose a eu pour cadre le cirque même qui s’étend aux pieds du Zaghouan où hier s’étaient rendus aux trouves françaises du général Kœltz la division allemande « Pfeiffer » et deux régiments italiens d’artillerie. De Pont-du-Fahs à Zaghouan, les champs portent la marque des récents combats : des voitures calcinées, des autos-mitrailleuses retournées par les explosions: des tanks, tourelles arrachées, éventrés par les obus, jonchent les bas-côtés de la route. Dans les blés et les seigles mûrs, des mulets. des chevaux morts gonflent au soleil et l’on ne peut songer à les enterrer tant les alentours sont infestés de mines. Sur ce qui fut un aérodrome allemand, des carcasses d’avions tendent vers le ciel, où ils ne s’élanceront plus, leurs ailes décharnées par le feu. Epars ou groupés, longs rectangles de terre fraîchement mués surmontés de casques.
La voiture du général croise sans interruption de longues cohortes de prisonniers pour la plupart allemands. Ils vont résignés yers leur destin lamentable, sans aucune escorte, conduisant eux-mêmes les camions où se sont juchés ceux qui ne pouvaient plus marcher.

LA REMISE DE L’EMBLEME SACRE.

Quand le Commandant en chef arrive au cirque du Zaghouan. le 3° Régiment étranger, réduit dans les proportions que l’on sait après les durs combats qu’il soutint, avec l’héroïsme traditionnel de la Légion, denuis l’affaire de l’Oued Kébir jusqu’à l’ultime victoire de Zaghouan, est là, rangé sur un côté de la route, sections après sections, toutes aussi clairsemées. Tandis aue la clique sonne « Au drapeau », le général Giraud remet au colonel commandant le régiment l’emblème sacré. Dans une voiture sanitaire proche, un légionnaire espagnol blessé à une jambe : – Mon colonel ! Laissez-moi embrasser mon drapeau ».
Le général décore ensuite sur le front des troupes les deux courageux civils français de Tunis qui reprirent dans une automobile allemande le drapeau enterré par un soldat mourant près de l’Oued Kébir et retrouvé par hasard par l’ennemi.
Puis, dans le cirque embrasé de soleil, le régiment défile, colonel en tête, ce même colonel qui, dans la soirée d’hier, força la décision en se jetant en voiture découverte dans les rangs des Allemands hésitants, las de se battre, moralement vaincus et qui avaient jusqu’alors refusé de se rendre.
Le général est débout sur un tertre. Il regarde intensément les hommes qui défilent devant lui. de ce pas lent de conquérants d’empire qui fait trembler tant il est calme et assuré. Au passage, les chefs de bataillons ordonnent : « Tête droite ». et jamais têtes ne furent aussi droites, regards aussi francs. Quand la dernière section est passée, le général Giraud reste un moment immobile. On sent que l’émotion l’étreint. Puis, s’étant ressaisi, il se dirige vers le colonel du régiment et lui serre chaleureusement les deux mains : « C’est bien, dit-il, mais ceci n’est qu’un prologue. La France attend. »

DEUX GROUPES DE TANKS ALIGNES

Le Commandant en chef remonte ensuite en voiture. A l’intersection de la route de Sainte-Marie du Zit à Bou Ficha et de la piste menant à Djeradou à l’extrême pointe du front français, deux groupes de tanks sont alignés : un bataillon du 50 Chasseurs d’Afrique et un bataillon américain. Ce sont eux qui livrèrent les derniers combats. L’action fut chaude et plusieurs de leurs chars brûlés dans la plaine environnante à quelques centaines de mètres, en sont le glorieux témoignage. C’est la que le général Giraud va les passer en revue en plein champ de bataille.
Arrivé devant un char qui porte sur sa carapace de profondes traces d’obus et de balles le commandant en chef s’arrête :
Aspirant Lévy, s’écrie-t-il, veuillez approcher. »
Un grand jeune homme brun, cheveux noir sous le casque, les yeux blues, l’air d’un enfant sage, s’avance. Le général prend : — Je sais qu’hier, par votre votre décision, vous avez pesé d’un grand poids dans le combat. Vous avez détruit en quelques minutes quatre chars et trois canons anti-tanks ennemis au plus fort de la bataille. Aspirant Lévy, en raison de votre conduite, je vous fais officier. »
Au côté du Commandant en chef, le général Kœltz ne peut contenir son émotion et des larmes coulent le long de ses joues. Le soleil, bas à l’horizon, projette le héros de cette scène en ombres titanesques sur la route où continue à passer, interminable, la triste théorie des vaincus.
La guerre d’Afrique est terminée.

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