1949 Avec les Képis Blancs. l’Épopée dans les sables. 1re CSPL

Op 28 maart 1949 starten Franse legionairs onder leiding van Capitaine K… een expeditie door de Sahara. In slechts vier dagen en drie nachten, volgens het artikel ik tel vijf dagen, doorkruisten ze met 18 voertuigen een uitgestrekt woestijngebied, ondanks zandstormen en ijzige nachten.
De missie was lang voorbereid met intensieve training en technische voorbereiding.
De tocht begon in Ain Sefra en leidde naar Charouine, waarbij de mannen hun uithoudingsvermogen en teamgeest toonden. De sfeer was ruig maar vastberaden, met humor en kameraadschap als rode draad door het avontuur.
Mogelijk nam de uit Nederland afkomstige legionair Nicolaas de Haas deel aan deze expeditie.
Een verslag van deze expeditie verscheen op 18 juli 1949 in een serie artikelen over het Franse Vreemdelingenlegioen in het Franse weekblad Detective.

Route

De afgelegde route op basis van gegevens uit het artikel.

28-03-1949 Dag 1 Aïn Sefra – Bouibet er Rahil 124 km
29-03-1949 Dag 2 Bouibet er Rahil – Guebeirat – Hassi Bou Krellala 217 km
30-03-1949 Dag 3 Hassi Bou Krellala – Khra Daïa – 88km
31-03-1949 Dag 4 45 km
01-04-1949 Dag 5 l’Aghbet en Nib – La palmeraie d’Ouled-Aïssa – Charouine

Six camions ont descendu cette dune de front.
C’est la première fois qu’un tel exploit a été accompli.
Il n’y eut aucun accident mécanique

Détective Qui ? 18 juillet 1949

En quatre jours et trois nuits, ces hommes ont accompli un bel exploit que n’auraient pu accomplir les caravaniers en plusieurs semaines. Bravant le froid brutal des nuits sahariennes et les tempêtes de sable, ils ont traversé une région vaste comme la moitié de la France. Grâce à eux, le drapeau français flotte sur un nouveau coin de notre Empire.

AVEC LES KÉPIS BLANCS II.
L’ÉPOPÉE DANS LES SABLES
a mené, en 4 jours, les légionnaires du Capitaine K… à travers les tempêtes du Sahara

La caravane des dix-huit voitures n’était pas encore sortie des rues d’Ain-Sefra. vides à cette heure méridienne quand « Boomski » (1) piqua sa première colère.
— Quand on ne sait pas conduire, on va à la « coloniale ».
Le légionnaire, qui tenait à pleines mains le volant de son Dodge, l’avant-dernier de la file, changea de vitesse.
— Je voudrais bien le voir à ma place. Avec toute cette poussière dans les yeux. Le camion fit une courte embardée et reprit l’alignement. Il y avait dix minutes à peine que le convoi avait quitté le casernement. Mais il y avait un an que le départ avait été prévu. Une année pendant laquelle tous, du deuxième classe au capitaine, n’avaient pensé qu’à ce projet audacieux : relier en droite ligne, à travers les hautes dunes balayées de vent du Grand Erg occidental, Aïn Sefra à Charouine.
Pendant douze mois, le matériel avait été mis au point. Tous les véhicules avaient subi une révision générale : les moteurs avaient été refaits, les réservoirs à eau retapés, les pneus rechapés, les transmissions vérifiées. Tout le personnel prévu pour cette expédition avait suivi un entraînement spécial : des conférences lui avaient été-tenues devant un tableau noir, des leçons de conduite dans le sable lui avaient été données, les chefs de voiture avaient appris aussi bien l’art d’injecter le sérum antiseorpionique que la façon de se guider aux étoiles, les légionnaires avaient acquis la science de manger en plein vent de sable. Rien n’avait été laissé au hasard. Une répétition de nuit avait même eu lieu. Pendant un an, le capitaine K…avait réussi à insuffler à ses hommes l’esprit d’équipe, sans lequel il n’est pas de grande entreprise possible.

28-03-1949

L’heure du grand départ avait sonné, le 28 mars 1949, à 12 heures. A 12 h. 10, «Boomski » avait gueulé, ce qui n’était pas prévu au programme (du moins à cette heure-là), mais ce qui était dans la norme. Personne, dans le convoi, ne sait combien de temps durera le voyage. L’aventure n’a pas de chronomètre. On part, on fonce droit devant soi. Le temps ne compte plus. On a quitté la vie pour entrer dans un monde placé hors des mesures humaines. Le jour et la nuit, le soleil et les ténèbres sont les seuls points de repère, des hommes qui vont vers l’inconnu. Le soleil, gigantesque orange, plonge derrière un horizon baigné de mauve. Les ombres des voitures, sur le sable, s’allongent, étrangement déformées. Le capitaine K… donne l’ordre de s’arrêter. Le convoi a parcouru, dans la journée, 124 kilomètres.
Le bivouac est monté à Bouibet-er-Rahil (les petites portes du nomadisme). Le répas du soir s’organise par véhicules. La nuit, la fraîche nuit saharienne, est maintenant tombée. Les légionnaires, roulés dans des couvertures, s’endorment sur les banquettes des camions ou à même le sable.

29-03-1949

Le soleil ne s’est pas encore montré que, déjà le camp est levé. Les hommes grelottent de froid.
R…. un légionnaire né quelque part entre Belleville et Ménilmontant n’en revient pas.
– Tu parles d’un bled ! Ce n’est pas le Sahara, c’est le Spitzberg !
Son compagnon de voiture, un solide gaillard qui avait passé la nuit enroulé dans trois couvertures, couché sous un Dodge, sourit.

On voit bien que Monsieur est un puceau du désert !
Le convoi s’engage le long d’un oued : l’oued N’armons (rivière aux moustiques) ; la route est malaisée, mais le matériel résiste. Dans une des voitures, brusquement, un homme se lève. — Regardez les gars ! V’ià la France ! Le copain, assis près de lui. l’oblige’à se rasseoir. — Déjà le coup de bambou? T’as un mirage, mon pauvre vieux. — Lève-toi, et regarde.
Tous se sont dressés. A leur droite, une véritable prairie étend son herbe verte et haute. Des fleurs jaunes et bleues l’émaillent. Ce miracle de quelques centaines de mètres de long et quelques dizaines de mètres de large ne dure pas. Un détour, et la merveilleuse vision disparait. Il n’y a plus, devant les roues des camions, que l’erg et ses millions depetits cailloux, aigus et noirs.
Au volant de la voiture de queue, spécialement chargée du dépannage, un homme bougonne.
— Pas une panne, pas un pépin !… C’est plutôt monotone. C’est plus une piste, c’est un autostrade. Où est le bon vieux temps?
Il sue sous son képi. Ses quatre-vingts kilos de bonne graisse commencent à lui peser.
Il voudrait bien quitter son siège, mettre le nez dans un moteur, glisser sa grosse patte entre les tils serrés de l’allumage. Depuis vingt ans qu’il est à la Légion, il n’a quitté “son” Sahara qu’une seule fois pour aller se battre quelque part dans le monde, là où la France avait besoin de lui. Le temps de se faire nommer sergent-chef. Vite, il est revenu pencher sa lourde bedaine sur le> mystères de la mécanique. Tous, d’un commun accord, l’ont surnommé « Bouboule ». Il parle peu parce qu’il est timide et qu’il n’y a que deux choses au monde qui l’intéressent : sa fille Nicole, née à Aïn-Sefra et un moteur. Il y a quelque temps, au cours d’une mission vers Taoudeni, dans le Sahara occidental. un moteur s’arrête, en plein erg. Le convoi est immobilisé. “Bouboule” arrive, soulève le capot. palpe la mécanique avec des gestes de docteur auscultant un malade, se relève.
— Qu’une chose à faire. Le démonter. Il s’attelle aussitôt à ce travail. Il étend toutes les pièces sur une couverture. Avec, seulement, quelques outils et de l’émeri, il répare, remonte le tout. Six heures après, le convoi pouvait continuer sa route. Ses chefs, de plus, voient en lui le meilleur chauffeur du Sahara. Ils le traitent souvent de “millionnaire” … en kilomètres, ce qui fait à peine sourire « Bouboule », parce qu’il sait que c’est vrai.
A midi, les premières voitures du convoi atteignent Guebeirat, et attendent. La chaleur est intense et tout un groupe de véhicules a été retardé par les premiers incidents mécaniques : les moteurs qui commencent à chauffer. Mais « Bouboule » est intervenu et, à 13h30. tout le convoi était regroupé. Pendant l’attente, quelques légionnaires, pour épargner les réserves d’eàu. se rendent à un puits proche : Hadj-Kacem, puits qui avait été repéré, un an auparavant, par le capitaine K…
R…. le Parisien, accroche un seau de toile au bout de son eheieh kaki.
— Tu crois au miracle, lui dit un – copain. Tu ferais mieux de prendre une chaîne d’arpenteur. Ils ne remontèrent un peu d’eau saumâtre qu’après avoir accroché le seau à une corde de cent-dix métrés de long. Ils retourneront vite à à leur bidon.
Hassi-Bou-Krellala, but de la deuxième étape, est atteint à 18 heures. On a parcouru 217 kilomètres depuis le matin. Cette performance mérite d’être fêtée comme il convient. Aussi, une immense eheurba » est préparée. La “cheurba”, plat du légionnaire en mission dans le Sahara, se situe, gastronomiquement, entre le navarin aux pommes et le haricot de mouton. Mais il n’est pas impossible, lorsque deux cuisiniers de nationalités différentes président à sa confection, qu’elle tienne à la fois du goulasch hongrois et du minestrone italien. Quoi qu’il en soit, officiers, sous-officiers et légionnaires, tous mangent également cette potée spécifiquement saharienne.
Un quart de Nescafé aide à la digestion et c’est le moment, avant d’aller retrouver son trou individuel, des confidences et des souvenirs. Par petits groupes, les légionnaires se réunissent autour de feux. Les képis blancs tranchent dans la nuit. Les ombres dansent sur le sable. Les visages des jeunes se font attentifs. Les vieux, aux traits marqués, parlent. Des souvenirs, ils en ont plein la tête. Des souvenirs d’un peu partout. Les mots étrangers, des mots de tous les pays du monde, passent leurs lèvres, comme des lambeaux oubliés d’un passé qui ne peut complètement s’effacer.
T…, un légionnaire qui. depuis bientôt quinze ans, bourlingue de par l’Europe. l’Asie et l’Afrique, a un copain dont il ne se lasse jamais de raconter l’étonnante histoire.
— Ce matin-là, le lieutenant m’appelle et me dit:
«T…, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer.
— Je parie qu’il s’agit de W…
— Oui, il a disparu au cours d’un baroud dans le Sud Armam, tu le savais. Maintenant, c’est officiel. Prépare-toi pour demain. Il y aura une cérémonie en son honneur.
Ce fut une belle cérémonie : drapeau en berne, sonnerie aux morts, discours du lieutenant. J’en avais les larmes aux yeux.
Mon vieux W.„, parti comme ça. sans un mot, sans rien. Il ne me restait de lui que son chien, le seul qui ait été sauvé du massacre. Parce que vous ne savez pas tout. Ce s…-là collectionnait les chiens. Il donnait un litre de vin à tout type qui lui en rapportait un. Oh ! la race, il s’en fichait. Il les donnait à manger à ses cochons. Dans Aïn- Sefra. évidemment, au bout de quelques mois, il n’y avait plus un chien, mais W… avait cinquante cochons qu’il avait installés dans un gourbi, derrière l’atelier de réparations. Gras à lard, nourris comme ils étaient avec la bidoche des clébards. Vous parlez ! Eh bien ! rien du tout : voilà la maladie qui se met sur les cochons et que pour ce qui est du jambon, vous pensez si on a fait tintin. W… ne les a pas vus mourir, ses cochons ; il était déjà parti au baroud. Pendant que ses cochons mouraient, ce cochon-là se permettait d’en faire autant.. Du moins, c’est ce qu’on nous avait annoncé, d’où tout le grand tralala en son honneur. Mais un jour, quel coup au cœur : le vaguemestre me remet une carte d’Indochine, une carte de W…, qui portait ces simples mots : « Je me porte bien. » Fait prisonnier, il avait réussi à s’évader. Il avait mis deux mois à rejoindre un poste légionnaire, Quand il est revenu, je vous prie de croire que ça a fait du bruit dans le pays. On ne l’appelait plus que « Trompe la mort ». Sacré farceur, va !.. Depuis, il est reparti pour l’Indochine. Et il se porte toujours bien. Je me demande s’il élève toujours des cochons avec la viande des chiens…
Le capitaine K… a revêtu sa gandoura grise. Il va d’un groupe à l’autre. — Éteignez vos feux. Allez dormir. Demain, la journée sera rude.

30-03-1949

5 h. 20. Dès la sortie de Bou-Krellala, un mur de sable s’élève. C’est l’erg, dans toute son immensité, qu’il va falloir vaincre aujourd’hui. La lutte entre l’homme et le désert continence : si l’homme ne veut pas y laisser sa peau, il doit passer.
La première voiture s’ensable. Les hommes sautent, décrochent les échelles fixées à ses flancs, les glissent sous les roues. Mais les pneus n’accrochent pas, le sable jaillit en gerbes ocres aux visages des hommes. Il se colle à la sueur, entre dans les oreilles, glisse dans le cou, se plaque aux paupières.
— Descendez les tapis métalliques. Les tapis,en treillis souple, larges de cinquante centimètres, sont déroulés devant les roues.
L’homme au volant met toute la puissance. Le Dodge vibre, comme un animal prêt à bondir. Il hésite, il grince de tous ses essieux, et il passe. Pour chacune de dix-huit voitures qui passent, les efforts sont ‘es mêmes. Aucune ne flanchera. Le convoi a franchi le mur. Il est regroupé sur une « daïa », ancienne mare desséchée et durcie où les voitures peuvent rouler sans difficultés. Mais la « daïa » n’est pas large.
Entre 5h20 et 11 heures, le convoi parcourt 67 kilomètres et franchit trois murs de sable : il atteint ainsi Khra-Daïa. La caravane fait halte. Hommes et véhicules ont besoin de repos. Les coiffes des képis portent des traînées rouges : l’empreinte du désert. Les hommes s’allongent. Plus question de «cheurba », des conserves et un grand bidon d’une eau qui commence à tiédir.
Jusqu’à 16 heures, c’est le repos, sauf pour « Bouboule », l’infirmier des moteurs. On étire ses membres engourdis, on secoue le sable qui s’est glissé entre le col et la peau. Et on repart. Mais, au bout d’un quart d’heure d’une marche relativement facile sur un sol dur et dans un vent qui commence à fraîchir, le lieutenant F…, commandant du premier groupe de six voitures, donne l’ordre de stopper.
— Envoyez des éclaireurs à la recherche de mejbeds ».
Les mejbeds » sont des petits sentiers dont on perçoit la trace après le passage des caravanes. Ils servent de repères précieux car, en général, ils vont de puits à puits, et sont la preuve d’une infiltration d’eau. Le proverbe arabe dit qu ’« il y a deux choses qui durent mille ans, les mejbeds et le crottin de chameau ».
Les éclaireurs revenus, le convoi change légèrement de direction et repart. Bientôt, il croise des squelettes des chameau.
La nuit, de nouveau, est venue. Le convoi s’arrête, après avoir accompli, dans la journée 88 kilomètres.
Les hommes sont exténués. Ils creusent leur trou et s’endorment. Quatre d’entre eux, pourtant, se mettent à chanter. Leur chanson, une complainte mélancolique de quelque province nordique, résonne, harmonieuse, étrangement sonore dans cet air sec et froid du désert. Les paroles content l’histoire d’une jolie fille aux tresses blondes qui, du haut d’un rocher dominant le bord d’un fleuve impétueux, attirait les bateliers sur les écueils. De l’eau fraîche et des filles blondes : le désir des légionnaires est éternel.

31-03-1949

31 mars. Si tout va bien, ce soir, les légionnaires pourront hisser les couleurs à la palmeraie d’Ouled-Aïssa, terme de l’erg. Aussi est-ce avec joie que le café chaud est avalé. Les moteurs ronronnent.
— Paré ! En avant !
Les Dodges foncent, leurs gros museaux jaunes semblant humer déjà l’air frais de la palmeraie.
R…, le Parisien, est tout guilleret.
— Ça roule. On se croirait à Montlhéry, le jour du Grand Prix.
Pourtant, ce jour-là, le convoi ne devait pas faire plus de 45 kilomètres.
Les difficultés commencèrent à l’Aghbet-en-Nib {le col du Vieux Chameau), ainsi nommé parce que l’ascension en est si difficile que le chameau lui-même en crève en le franchissant. Il fallut sortir toutes les échelles et dérouler les cent vingt mètres de tapis métallique. Les Dodges, au bout de deux heures d’effort, purent enfin passer sur ces véritables rails que la dernière voiture, celle du chef dépanneur « Bouboule », récupéra au fur et à mesure de son avance. Il est 9 heures quand on peut regrouper le convoi.
Le sable devient de plus en plus friable : c’est !a « terrible farine », dans laquelle les voitures s’enfoncent jusqu’aux moyeux, les hommes, jusqu’aux genoux. La route suivie est perpendiculaire aux dunes, il faut donc les franchir sif par sif (crête des dunes). Le véhicule grimpe sur un sif, puis s’enfonce dans une cuvette de vingt à trente mètres de large, pour reparaître sur le sif suivant et ainsi de suite. Une heure de cet exercice et les muscles des chauffeurs sont raidis par la fatigue. Tant pis ! il faut passer. Et l’on passe.
Les hommes ont la sensation que le plus dur est fait quand ils remarquent une légère poussière courir le long des sifs.
—Je crois qu’il va falloir stopper, dit le lieutenant F… Le vent de sable se lève.
Les dunes commencent à frémir. C’est imperceptible d’abord, puis comme les rides sur une mer d’huile, à la moindre brise, cela se met à trembler. Sur leur peau, les hommes sentent la caresse légère du vent.
— Comme ça fait du bien ! dit un jeune.
— Attends encore un peu et tu m’en reparleras plus tard, lui répond un vieux.
Il n’attend pas longtemps. Le vent, maintenant, se déchaîne.
Le sable est soulevé, malaxé, emporté à une vitesse folle. Ses milliards de molécules fouettent la peau, comme des milliards d’épingles. Le soleil lui-même n’est plus visible.
Le brouillard ocre se précipite le long des dunes. L’homme pris dans une telle tempête n’a plus que deux choses à faire : se couvrir du mieux qu’il peut et attendre. Des tentes sont montées avec les bâches des Dodges, mais elles n’offrent qu’un piètre abri.
Le vent est si violent qu’il creuse une fosse sous chaque véhicule. Il est 16 heures quand on peut repartir. C’est de nouveau, la marche lente et fatigante dans a « farine ».
La nuit tombe en pleine progression et, aussitôt, le vent recommence, plus violent, plus hurlant que le matin. Les hommes se collent aux roues des camions : àcroupetons, ils sortent des boîtes de sardines et des oignons verts. Ils ne peuvent ouvrir complètement les boîtes: le sable les emplirait. Tout ce qu’ils mangent craque sous les dents.
Le vent s’atténue, mais il est trop tard pour repartir. Dans les derniers rayons du soleil, on aperçoit les têtes des palmiers d’Ouled-Aïssa. Une voix murmure, sous un camion :
— Dommage. A cinq kilomètres du but !

01-04-1949

Le lendemain. 1er avril, il y a encore ces cinq kilomètres de farine, puis le sol devient dur.
Quelle joie pour les chauffeurs de sentir les roues accrocher la terre, le moteur reprendre son ronronnement d’animal bien nourri !
A Ouled-Aïssa, la population regarde passer les monstres roulants avec de l’étonnement dans les yeux. Dans le regard des enfants qui. pour la plupart, voient une auto pour la première fois, il y a aussi de la peur.
Charouine, point final de la randonnée, est atteint à la nuit.
Les couleurs sont hissées. Crevés, mais heureux, les légionnaires se sont lavés et, par on ne sait quel miracle, arborent tous d’immaculés képis blancs. La Légion vient de remporter une nouvelle victoire. Sans mort d’homme. Une victoire pacifique, aux yeux des légionnaires, a autant de poids qu’un exploit guerrier. En triomphant du Sahara, la Légion a voulu prouver qu’on peut tout lui demander et qu’elle peut tout entreprendre. Il y avait dans ce convoi des Français, des Allemands, des Tchèques, des Italiens, des Polonais et des Espagnols, tous unis dans le même fraternel effort.

Marcel CARRIÈRE. (Reportage photographique Paul Buisson, DÉTECTIVE.)

Dès le premier jour de l’expédition, il fallut employer les échelles et les tapis métalliques. Le sable est un ennemi de tous les instants, mais il a été, lui aussi, vaincu.

Les tapis métalliques placés sous les roues sont les véritables rails du désert

La voiture du capitaine est ensablée. Aussitôt, tout le monde s’y met pour la sortir de cette mauvaise passe, fréquente au Sahara.

Les Dodges sont groupés en haut d’une dune avant de la descendre. La pente est à quarante-cinq degrés.

Les hommes sont obligés de s’accrocher quand les voitures glissent dans la « farine » des grands ergs.

Six camions ont descendu cette dune de front. C’est la première fois qu’un tel exploit a été accompli. Il n’y eut aucun accident mécanique.

Une sentinelle veille toujours pendant le repos.

A l’heure de la pause, les légionnaires s’allongent ou s’asseyent le long de leurs voitures.

Des chansons s’élèvent dans la froide nuit du désert : c’est l’heure où l’on échange des souvenirs venus de tous les pays du monde.

Près du but, les légionnaires croisent une caravane: les premiers êtres humains depuis quatre jours.

Victoire pacifique: le drapeau flotte sur la palmeraie de Charouine.

La scheurba saharienne fait l’object de tous les soins des légionnaires, Ils l’ont bien gagnée.

(1) Voir Détective n° 158, du 11 juillet 1949.

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